Les Dictateurs - BAINVILLE Jacques

CONCLUSION

Que l’on désire ou que l’on redoute un dictateur, il nous semble qu’après cette revue, d’ailleurs incomplète, chacun peut se faire une opinion.

De la démagogie à la tyrannie, il n’y a qu’un pas, soit que le gouvernement fort naisse d’une réaction contre le désordre, soit qu’il serve à imposer une révolution dont les modérés et les conservateurs sont les victimes.

« Les sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci », ne l’ignoraient pas. Au siècle dernier, frappés par le succès de Napoléon III, ils enseignaient que le socialisme conduit au césarisme. Mais le socialisme est l’expression parfaite de la démocratie. Elle n’en est pas l’expression dernière, car rien ne finit. C’est le retour éternel. Tout ce qui implique contrainte dans l’organisation sociale entraîne la disparition de la liberté politique et postule un pouvoir qu’on ne discute pas.

Si l’anarchie engendre des Césars parce que l’ordre est un besoin élémentaire des sociétés, le communisme fait naître d’autres Césars parce qu’au contraire il règle tout.

Il suffit même de parler d’ « économie dirigée » pour supposer l’existence d’un suprême directeur. C’est donc par le « trop » comme par le « pas assez » que surviennent les dictatures. Qu’elles soient de droite ou de gauche, et elles sont plus souvent de gauche que de droite, elles renferment toujours une large part d’inconnu. Il est préférable d’en faire l’économie, c’est-à-dire de ne pas en avoir besoin ou de ne pas y tomber sans le savoir.

Eckermann demandait un jour à Gœthe si l’humanité ne verrait pas la fin des guerres. « Oui, répondit l’olympien de Weimar, pourvu que les gouvernements soient toujours intelligents et les peuples toujours raisonnables. »

Nous en dirons autant des dictatures. On s’en dispense à la même condition. Mais les bons gouvernements sont rares. Et Voltaire dit que le gros du genre humain a été et sera toujours imbécile.