Préface de la première édition

Ce livre se rattache à un autre ouvrage qui parut chez le même éditeur en 1908 sous le titre : Essence et contenu principal de l’économie politique théorique. On y trou­ve­ra réalisées la plupart des promesses que je faisais à l’occasion de développe­ments qui étaient avant tout des critiques. Présentation et substance étant essentielle­ment différentes, je ne le donne ni pour un tome second ni pour une suite. D’autant que j’ai pris soin que l’on pût lire ce travail sans se reporter à l’autre. Quelques mots seulement d’introduction.

Le présent travail est une oeuvre théorique. Il décrit à grands traits l’expérience économique, sans entrer dans le menu détail. Son objet comme sa méthode en assu­rent l’unité. Les idées qu’on y trouve forment un tout. Mais je ne cherchai pas d’em­blée à atteindre ce résultat. Je partis de problèmes théoriques concrets, et tout d’abord – en 1905 – du problème de la crise. A chaque pas j’étais contraint d’aller plus avant : il me fallait traiter de façon neuve et indépendante des problèmes théoriques toujours plus larges. Finalement je vis clairement qu’une seule et même idée fonda­mentale m’occu­pait : l’évolution économique; idée qui embrasse le domaine entier de la théo­rie et permet même d’en reculer les bornes. Cependant je me décidai à ne pas donner à ce travail la forme d’un édifice doctrinal détaillé. Je préférai résumer avec précision les fondements essentiels que l’on ne trouve pas tout élaborés dans la théorie contem­po­raine. Le premier chapitre, dont l’aridité ne rebutera pas, nous l’espérons, familia­rise le lecteur avec les conceptions théoriques que nous retrouverons par la suite. Les six autres sont consacrés à ce qui est l’objet propre de ce travail.

Pour peu qu’on prenne en considération mes développements, ils peuvent prêter à deux malentendus que je voudrais éviter. On pourrait croire que ce travail infirme sur plus d’un point le précédent. La différence dans les méthodes et les buts pourrait la faire croire. Cependant, un examen plus minutieux persuadera le lecteur du contraire. De plus mes résultats seront considérés par beaucoup comme propres à fournir des armes pour ou contre des partis sociaux et jugés de ce point de vue. Tel n’a pas été mon dessein. J’espère qu’il y a encore des gens capables d’aborder avec un esprit scien­tifique la description scientifique du processus social.

Je ne prétends pas que mon exposé soit sans défaut surtout dans le détail. Je sou­haite seulement que le lecteur y trouve des suggestions et soit persuadé qu’il y a « quel­que chose de vrai en cette affaire ».

Les faits et les arguments que j’expose, après un travail très consciencieux et avec une connaissance très précise de l’état actuel de notre discipline, ne peuvent être indifférents à la théorie économique. Au surplus je ne forme qu’un vœu : voir ce tra­vail dépassé et oublié le plus tôt possible.

 

Vienne, juillet 1911.

SCHUMPETER.

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