L’Illusion d’une Monnaie Stable

FISHER Irving

Préface

de Francis Delaisi
Juin 1929.

Simple entretien avec un industriel français

J’ai voulu faire lire ce livre pour un industriel, un des mes amis, homme fort cultivé, mais absorbé par d’importantes affaires.

– Inutile, m’a-t-il répondu. Le titre m’en dit assez. Je veux bien admettre, puisque votre savant professeur américain l’affirme, que « l’étalon d’or est une illusion ». Mais, entre nous, cela m’est tout à fait indifférent. Il me suffit de savoir, si je vends une marchandise à l’étranger, que son prix en dollars me procurera toujours la même quantité de francs; et, que, si je fais un dépôt en francs dans une banque

I – REGARD RAPIDE SUR L’ILLUSION DE LA MONNAIE

Introduction

Au moment où j’écris, notre dollar vaut à peu près 70 cents; soit 70% de son pouvoir d’achat d’avant-guerre. En d’autres termes, 70 cents, en 1913, achetaient autant de marchandises que 100 cents en achètent à présent. Notre dollar actuel n’est pas celui que nous connaissions avant la guerre. L’appa­rence demeure, mais la réalité change incessamment. Le dollar est instable. De même, la livre anglaise, le franc français, la lire italienne, le mark allemand, et tout autre étalon monétaire. Le pouvoir d’achat des monnaies varie; c’est un grand fait dont découlent d’importants problèmes.

Ces problèmes ont éveillé un intérêt

II – ÉTENDUE DES FLUCTUATIONS MONÉTAIRES

Nombres-indices

Ainsi, bien que le public croie le contraire, le dollar ou le franc ou tout autre unité monétaire diffèrent des autres unités de mesure en ce qu’ils ne sont nullement constants. Mais comment nous apercevrons-nous que la valeur du dollar change, et de combien elle a changé? Par quel instrument mesurerons-nous la valeur réelle de notre monnaie?

Par les nombres-indices.

Un nombre-indice est un chiffre qui donne, en pourcentage, la variation moyenne intervenue, d’un point du temps à l’autre, dans les prix d’un certain nombre de marchandises-types.

Prenons un panier de ménagère. Nous sommes en 1913. Nous mettons dans

III – CAUSES DES FLUCTUATIONS MONÉTAIRES

Circulation de la monnaie et des marchandises

Maintenant, voyons pourquoi la monnaie change de pouvoir d’achat. C’est, en gros, à cause de l’ « inflation relative » et de la « déflation relative ». Par relative, j’entends: relative au volume des transactions dans une période de temps donnée.

Le mot « monnaie », ici, inclut trois catégories principales. D’abord, l’or, monnaie contre laquelle peuvent s’échanger toutes les autres aussi longtemps que l’étalon d’or est maintenu; en second lieu, le papier-monnaie; et troisième­ment, les dépôts en banque, dont nous disposons au moyen de chèques.

Ces dépôts en banque diffèrent, en tant que monnaie, de l’or et du papier.

IV – DOMMAGES RÉSULTANT DIRECTEMENT DE L’INFLATION ET DE LA DÉFLATION

La monnaie est plus variable que les marchandises

La cherté ou le bas prix de la vie, que le public attribue à la disette ou à la surabondance des marchandises, est due, au contraire, comme nous l’avons vu dans le dernier chapitre, à la surabondance ou à la disette de la monnaie. Ainsi, les variations de prix n’ont pas la signification que leur donnait la croyance populaire. La « cherté de la vie », si elle eût correspondu à un manque réel de vivres, de vêtements, de logements, etc. eût signifié un appauvrissement général, un abaissement du revenu réel par tête; mais une

V – DOMMAGES INDIRECTS

L’espèce de vol effectué au dépens des uns et au profit des autres, n’est que le premier des effets produits par l’instabilité de la monnaie. Nous allons en étudier maintenant les autres conséquences, qui dérivent d’ailleurs de celle-là.

D’abord, l’instabilité de la monnaie explique, au moins en partie, ces fluctuations économiques que l’on considérait jusqu’ici comme mystérieuses, et qu’on appelle le « cycle des affaires ». Brusque hausse, resserrement, liqui­dation, assainissement. Les motifs de cette sorte de rotation sont longtemps demeurés secrets. Les raisons qu’on en donnait, bien que contenant des parcelles de vérité, étaient aussi incomplètes et aussi peu convaincantes que

VI – QUE POUVONS-NOUS FAIRE NOUS-MÊMES

Peut-on faire quelque chose ?

Ces maux que nous venons de voir, devons-nous les tenir pour des coups de la Providence et du destin, et les accepter comme nous acceptons les tremblements de terre et les cyclones? Mais l’on peut toujours essayer d’atté­nuer les conséquences des tremblements de terre en adoptant des systèmes de construction plus souples ou plus solides. Dans le chapitre qui commence, nous nous en tiendrons provisoirement à la croyance fataliste que les tremble­ments de terre monétaires sont physiquement inévitables et que le mieux que nous puissions faire est de bâtir nos maisons en conséquence.

Aveuglé par

VII – QUE PEUVENT FAIRE LES BANQUES ?

Introduction

Tous ces moyens, par lesquels l’individu tâchera de se garantir des suites de l’instabilité monétaire, constituent, en quelque sorte, des remèdes externes. Ils obvient aux conséquences du mal, ils ne guérissent pas la maladie. Mais les nombres-indices, qui permettent à l’individu de compenser les résultats fâcheux des fluctuations du dollar, ne peuvent-ils donner à la société les moyens de supprimer ces fluctuations mêmes?

Stabiliser le pouvoir d’achat des monnaies a longtemps été un rêve des économistes. Après la grande guerre, si lourde de nouvelles leçons sur l’instabilité monétaire, ce rêve, peu à peu, s’est rapproché de sa réalisation.

Au

VIII – QUE PEUVENT FAIRE LES GOUVERNEMENTS ?

Retour à l’étalon d’or

Nous avons vu naître et se développer le contrôle du crédit, et même le contrôle du crédit international. Il dépend des banques dans ses détails et non des gouvernements qui ne peuvent que tracer ses règles générales.

Mais les gouvernements peuvent et doivent faire bien davantage en vue de la stabilité monétaire.

Notons d’abord que les pires inflations ont été provoquées par des budgets déséquilibrés : quand un gouvernement ne peut joindre les deux bouts, il paie en faisant jouer la planche à billets. Ces émissions de papier ont souvent été la principale cause de l’inflation. Dans

Annexe

Indications supplémentaires pour les lecteurs désireux d’étudier avec plus de détails la question de stabilisation.

I. – Esquisse de quelques plans de stabilisation

Contrôle du crédit

Le contrôle du crédit sera toujours une partie importante de tout program­me de stabilisation. Comme nous l’avons vu, le Système de Réserve Fédérale s’est déjà engagé dans cette voie.

Ceux de mes lecteurs qui désireraient être renseignés avec quelque détail sur les méthodes qu’il applique à cet égard feront bien de lire le livre de W. Randolph Burgess, directeur-adjoint de la Banque de Réserve Fédérale de New-York et les déclarations du Gouverneur Benjamin Strong, de cette même banque,