Les petits Bourgeois - BALZAC Honoré de

Dédicace

A CONSTANCE VICTOIRE.

Voici, madame, une de ces oeuvres qui tombent, on ne sait d’où, dans la pensée et qui plaisent à un auteur, avant qu’il puisse prévoir quel sera l’accueil du public, ce grand juge du moment. Presque sûr de votre complaisance à mon engouement, je vous dédie ce livre : ne doit-il pas vous appartenir comme autrefois la dîme appartenait à l’Eglise, en mémoire de Dieu qui fait tout éclore, tout mûrir et dans les champs et dans l’intelligence.

Quelques restes de glaise, laissés par Molière au bas de sa colossale statue de Tartuffe, ont été maniés ici d’une main plus audacieuse qu’habile ; mais à quelque distance que je demeure du plus grand des comiques, je serai content d’avoir utilisé ces miettes prises dans l’avant-scène de sa pièce, en montrant l’hypocrite moderne à l’oeuvre. La raison qui m’a le plus encouragé dans cette difficile entreprise, fut de la trouver dépouillée de toute question religieuse qui devait être écartée pour vous si pieuse, et à cause de ce qu’un grand écrivain a nommé l’indifférence en matière de religion.

Puisse la double signification de vos noms être pour le livre une prophétie !

Daignez voir ici l’expression de la respectueuse reconnaissance de qui ose se dire le plus dévoué de vos serviteurs

H. DE BALZAC.




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