Les petits Bourgeois - BALZAC Honoré de

CHAPITRE XXI : UNE CLIENTE A CERIZET

Le lendemain matin, au petit jour, Théodose allait chez le banquier des petits métiers voir l’effet qu’avait produit sur son ennemi le paiement accompli ponctuellement la veille, et faire encore une tentative pour se débarrasser de ce taon. Il trouva Cérizet debout, en conférence avec une femme, et il en reçut une espèce d’invitation impérative de rester à distance, afin de ne pas troubler leur entretien. L’avocat fut donc réduit à des conjectures sur l’importance de cette femme, dont déposait l’air soucieux du prêteur à la petite-semaine, Théodose eut un pressentiment, excessivement vague d’ailleurs, que l’objet de cette conférence allait influer sur les dispositions de Cérizet, car il lui voyait dans la physionomie ce changement complet que produit l’espérance.

– Mais, ma chère maman Cardinal !…

– Oui, mon brave monsieur…

– Que voulez-vous !…

– Il faut se décider…

Ces commencements ou ces fins de phrases étaient les seules lueurs que la conversation animée et tenue à voix basse, d’oreille à bouche, de bouche à oreille, faisait jaillir sur le témoin immobile, dont l’attention se fixa sur madame Cardinal.

Madame Cardinal était une des premières pratiques de Cérizet, elle revendait de la marée. Si les Parisiens connaissent ces sortes de créations particulières à leur terroir, les étrangers n’en soupçonnent pas l’existence, et la mère Cardinal, en style nécrologique, méritait tout l’intérêt qu’elle excitait chez l’avocat. On rencontre tant de femmes de ce genre dans les rues, que le promeneur n’y fait guère plus d’attention qu’aux trois mille tableaux d’une exposition. Mais là, dans cette exposition, la Cardinal avait toute la valeur d’un chef-d’oeuvre isolé, car elle était le type complet de son genre. Elle était montée sur des sabots crottés, mais ses pieds, soigneusement enveloppés de chaussons, ne manquaient pas de longs gros bas drapés. Sa robe d’indienne, enrichie d’un falbalas de boue, portait l’empreinte de la bretelle qui retient l’éventaire, en coupant par derrière la taille un peu bas. Son principal vêtement était un châle dit cachemire en poil de lapin, dont les deux bouts se nouaient au-dessus de sa tournure, car il faut bien employer le mot du beau monde pour exprimer l’effet que produisait la pression de la bretelle transversale sur ses jupes, qui se relevaient en forme de chou ; une rouennerie grossière, qui servait de fichu, laissait voir un cou rouge et rayé comme le bassin de la Villette quand on y a patiné, sa coiffure était un foulard de soie jaune assez tortillé d’une façon pittoresque. Courte et grosse, d’un teint riche en couleur, la mère Cardinal devait boire son petit coup d’eau-de-vie le matin. Elle avait été belle.

La Halle lui reprochait, dans son langage à figures hardies, d’avoir fait plus d’une journée la nuit. Son organe, pour se mettre au diapason d’une conversation honnête, était obligé d’étouffer le son, comme cela se fait dans une chambre de malade ; mais alors il sortait épais et gras de ce gosier habitué à lancer jusqu’aux profondeurs des mansardes les noms du poisson de chaque saison. Son nez à la Roxelane, sa bouche assez bien dessinée, ses yeux bleus, tout ce qui fit jadis sa beauté, se trouvait enseveli dans les plis d’une graisse vigoureuse, où se trahissaient les habitudes de la vie en plein air. Le ventre et les seins se recommandaient par une ampleur à la Rubens.

– Et voulez-vous que je couche sur la paille !… disait-elle à Cérizet. Que me font, à moi les Poupillier… Suis-je pas une Poupillier ?… Où voulez-vous qu’on les fiche, les Poupillier…

Cette sauvage sortie fut réprimée par Cérizet, qui dit à la revendeuse un de ces chût ! prolongés auquels obéissent tous les conspirateurs.

– Eh ! bien, allez voir ce qu’il en est, et revenez, dit Cérizet en poussant la femme vers la porte, et lui disant là quelques mots à l’oreille.

– Eh ! bien, mon cher ami, dit Théodose à Cérizet, tu as ton argent.

– Oui, répondit Cérizet, nous avons mesuré nos griffes, elles sont de la même dureté, de la même longueur, de la même force… Après ?…

Dois-je dire à Dutocq que tu as reçu hier vingt-sept…

– Oh ! mon cher ami, pas un mot !… si tu m’aimes… s’écria Cérizet.

– Ecoute, reprit Théodose, il faut que je sache une bonne fois ce que tu veux ; j’ai l’intention bien formelle de ne pas rester vingt-quatre heures sur le gril où vous m’avez mis. Que tu roues Dutocq, cela m’est parfaitement indifférent ; mais je veux que nous nous entendions… C’est une fortune, vingt-sept mille francs entre tes mains, car tu dois avoir à toi dix mille francs gagnés dans ton commerce, et c’est de quoi devenir honnête homme. Cérizet, si tu me laisses tranquille, si tu ne m’empêches pas de devenir le mari de mademoiselle Colleville, je serai quelque chose comme avocat du Roi à Paris ; tu ne saurais mieux faire que de t’assurer une protection dans cette sphère.

– Voici mes conditions, elles ne souffrent pas la discussion ; c’est à prendre ou à laisser. Tu me feras avoir la maison Thuillier à titre de principal locataire par un bon bail de dix-huit ans, et je te remettrai une des cinq autres lettres de change acquittée. Tu ne me trouveras plus sur ton chemin, tu auras affaire à Dutocq pour les quatre autres… Tu m’as mis dedans, Dutocq n’est pas de force à lutter contre toi…

– Je consens à cela, si tu veux donner quarante-huit mille francs de loyer de la maison, la dernière année d’avance, et faire partir le bail du mois d’octobre prochain…

– Oui, mais je ne donnerai que quarante-trois mille francs d’argent, ta lettre de change fera les quarante-huit. J’ai bien vu la maison, je l’ai étudiée, ça me va.

– Une dernière condition, dit Théodose, tu m’aideras contre Dutocq.

– Non, répondit Cérizet, il est assez cuit par moi, sans que j’aille encore lui donner des coups de lardoire ; il rendrait tout son jus. Faut de la raison. Ce pauvre homme ne sait comment payer les derniers quinze mille francs de sa charge, et c’est bien assez pour toi de savoir qu’avec quinze mille francs, tu peux racheter tes titres.

– Eh ! bien, donne-moi quinze jours pour te faire obtenir ton bail…

– Pas plus tard que jusqu’à lundi prochain ! Mardi, ta lettre de change de cinq mille sera protestée, à moins que tu ne payes lundi, ou que Thuillier ne m’ait accordé le bail.

– Eh bien, lundi soit !… dit Théodose. Sommes-nous amis ?…

– Nous le serons lundi, répondit Cérizet.

– Eh bien à lundi, tu me payeras à dîner, dit en riant Théodose.

– Au Rocher de Cancale, si j’ai le bail. Dutocq en sera…. nous rirons…. il y a bien longtemps que je n’ai ri…

Théodose et Cérizet se donnèrent une poignée de main, en se disant réciproquement :

– A bientôt.

Cérizet ne s’était pas si promptement calmé sans raison. D’abord, selon le mot de Desroches, la bile ne facilite pas les affaires, et l’usurier en avait trop bien senti la justesse pour ne pas froidement se résoudre à tirer parti de sa position, et à juguler (le mot technique) le rusé provençal.

– C’est une revanche à prendre, lui dit Desroches, et vous tenez ce garçon-là… Voyez à en extraire la quintessence.

Or, depuis dix ans, Cérizet avait vu plusieurs personnes enrichies par le métier de principal locataire. Le principal locataire est à Paris aux propriétaires de maisons ce que sont les fermiers aux possesseurs de terres. Tout Paris a vu l’un des plus fameux tailleurs, bâtissant sur le fameux emplacement de Frascati, à l’angle du boulevard et de la rue de Richelieu, l’immeuble le plus somptueux, à ses frais et comme principal locataire d’un hôtel, dont le loyer n’est pas moindre de cinquante mille francs. Malgré les frais de construction, qui sont d’environ sept cent mille francs, les dix-neuf années de bail présenteront de très-beaux bénéfices.

Cérizet, à l’affût des affaires, avait examiné les chances de gain que pouvait offrir la location de la maison volée par Thuillier, disait-il à Desroches, et il avait reconnu la possibilité de la louer plus de soixante mille francs au bout de six ans. Elle présentait quatre boutiques, deux sur chaque face, car elle occupe un coin de boulevard. Cérizet espéra gagner une dizaine de mille francs au moins par an, pendant douze ans, sans compter les éventualités ni les pots-de-vin donnés à chaque renouvellement de bail par les fonds de commerce qui s’y établiraient, et auxquels il n’accorderait d’abord que six ans de bail. Or, il se proposait de vendre son fonds d’usurier à madame veuve Poiret et à Cadenet pour une dizaine de mille francs ; il en possédait dix environ, il se trouvait donc en position de donner l’année d’avance que les propriétaires ont coutume d’exiger, comme garantie, des principaux locataires.

Cérizet avait donc passé la nuit la plus heureuse ; il s’était endormi dans un beau rêve, il se voyait en passe de faire un honnête métier, de devenir bourgeois comme Thuillier, comme Minard, comme tant d’autres. Il renonçait alors à l’acquisition de la maison en construction rue Geoffroy-Marie. Mais il eut un réveil auquel il ne s’attendait point ; il trouva la Fortune debout, lui versant à flots ses cornes dorées, dans la personne de madame Cardinal. Il avait toujours eu des considérations pour cette femme, et il lui promettait, depuis un an surtout, la somme nécessaire pour acheter un âne et une petite charrette, afin qu’elle pût faire son commerce en grand en allant de Paris à la banlieue. Madame Cardinal, veuve d’un fort de la halle, avait une fille unique dont la beauté fut vantée à Cérizet par d’autres commères. Olympe Cardinal était âgée d’environ treize ans, quand, en 1837, Cérizet commença le prêt dans le quartier, et dans un but de libertinage infâme, il eut les plus grandes attentions pour la Cardinal, il l’avait tirée de la plus profonde misère en espérant faire d’Olympe sa maîtresse ; mais en 1838, la petite fille avait quitté sa mère, et faisait sans doute la vie, pour employer l’expression par laquelle le peuple parisien peint l’abus des précieux dons de la nature et de la jeunesse. Chercher une fille dans Paris, c’est chercher une ablette en Seine, il faut le hasard d’un coup de filet. Ce hasard était venu. La mère Cardinal, qui, pour régaler une commère, l’avait menée au Théâtre de Bobino, lundi, venait de trouver dans la jeune première sa fille, que le premier comique tenait sous sa domination depuis trois ans. La mère, d’abord assez flattée de voir sa fille en belle robe lamée, coiffée comme une duchesse, ayant des bas à jour, des souliers de satin, et applaudie à son entrée, avait fini par lui crier de sa place :

– T’auras de mes nouvelles, assassin de ta mère !… Je saurai si de méchants cabotins ont le droit de venir débaucher des filles de treize ans !…

Elle voulut guetter sa fille à la sortie, mais la jeune première et le premier comique avaient sans doute sauté par-dessus la rampe et s’en allèrent dans le gros du public, au lieu de sortir par la porte du théâtre, où la veuve Cardinal et la mère Mahoudeau sa bonne amie, firent un tapage infernal que deux gardes municipaux apaisèrent. Cette auguste institution, devant qui les deux femmes abaissèrent le diapason de leurs voix, fit observer à la mère qu’à seize ans, sa fille avait l’âge du théâtre, et qu’au lieu de crier à la porte après le directeur, elle pouvait le citer à la justice de paix ou à la police correctionnelle, à son choix.

Le lendemain, madame Cardinal se proposait de le consulter, vu qu’il travaillait à la justice de paix ; mais elle fut foudroyée par le portier de la maison où demeurait le vieux Poupillier, son oncle, lequel, lui dit monsieur Perrache, n’avait pas deux jours à vivre, étant à toute extrémité.

– Eh ! bien, que voulez-vous que je fasse ? dit la veuve Cardinal.

– Nous comptons sur vous, ma chère madame Cardinal ; vous ne nous oublierez pas pour le bon avis que nous vous donnons.

Voici la chose. Dans les derniers temps, votre pauvre oncle ne pouvant plus se remuer, a eu confiance en moi pour aller toucher les loyers de sa maison, rue Notre-Dame-de-Nazareth, et les arrérages d’une inscription de rente qu’il a sur le Trésor, de dix-huit cents francs…

A cet énoncé, les yeux de la veuve Cardinal devinrent fixes d’errants qu’il étaient.

– Oui, ma petite, reprit le sieur Perrache, petit portier bossu, et vu que vous êtes la seule qui pensiez à lui, qui lui portiez de temps en temps du poisson et qui l’alliez voir, peut-être qu’il ferait des dépositions an votre faveur… Ma femme, dans ces derniers jours-ci, l’a gardé, l’a veillé ; mais elle lui a parlé de vous, et il ne voulait pas qu’on vous dise qu’il était si malade… Voyez-vous, il est temps de vous montrer. Dame ! voilà deux mois qu’il ne va plus à son affaire.

– Avouez, mon vieux gratte-cuir, dit la mère Cardinal au portier, cordonnier de son état, en allant avec une excessive rapidité vers la rue Honoré-Chevalier, où logeait son oncle dans une affreuse mansarde, qu’il m’aurait bien poussé du poil dans la main, avant que je pusse imaginer cela !… Quoi, mon oncle Poupillier, riche ! lui, le bon pauvre de l’Eglise Saint-Sulpice.

– Ah ! dit le portier, il se nourrissait bien… il se couchait tous les soirs avec sa bonne amie, une grosse bouteille de vin de Roussillon. Ma femme en a goûté ; mais, à nous, il nous disait que c’était du vin à six sous ! C’est le marchand de vin de la rue des Cannettes qui le lui fournissait.

– Ne parlez pas de tout cela, mon brave, dit la veuve Cardinal, j’aurai soin de vous s’il y a quelque chose.

Ce Poupillier, ancien tambour-major aux Gardes Françaises, avait passé deux ans avant 1789 au service de l’Eglise en devenant suisse de Saint-Sulpice. La révolution l’avait privé de son état, et il était tombé dans une misère effroyable, il fut obligé de prendre la profession de modèle, car il jouissait d’un beau physique. A la renaissance du culte, il reprit la hallebarde ; mais en 1816, il fut destitué, tant à cause de son immoralité que de son grand âge, il passait pour être septuagénaire. Néanmoins, comme retraite, on le souffrit à la porte où il donna de l’eau bénite. En 1820, son goupillon excita l’envie, et il le céda contre la promesse d’être souffert en qualité de pauvre à la porte de l’Eglise. En 1820, riche de quatre-vingts ans sonnés, il s’en octroya quatre-vingt-seize et commença le métier de centenaire. Dans tout Paris, il était impossible de trouver une barbe et des cheveux comme ceux de Poupillier. Il se tenait courbé presqu’en deux, il tenait un bâton d’une main tremblotante, une main couverte du lichen qui se voit sur les granits, et il tendait le chapeau classique, crasseux, à larges bords, rapetassé, dans lequel tombaient d’abondantes aumônes. Ses jambes entortillées dans des linges et des haillons, traînaient d’effroyables sparteries en dedans desquelles il adaptait d’excellentes semelles en crin. Il se saupoudrait le visage d’ingrédients qui simulaient des taches de maladies graves, des rugosités, et il jouait admirablement la sénilité du centenaire. Il eut cent ans à compter de 1825, et il en avait réellement soixante-dix. Il était le chef des pauvres, le maître de la place, et tous ceux qui venaient mendier sous les arcades de l’Eglise, à l’abri des persécutions des agents de police et sous la protection du suisse, du bedeau, du donneur d’eau bénite et aussi de la Paroisse, lui payaient une espèce de dîme. Quand, en sortant, un héritier, un marié, quelque parrain, disait : — Voilà pour vous tous, et qu’on ne tourmente personne, Poupillier, désigné par le suisse, son successeur, empochait les trois quarts des dons et ne donnait qu’un quart à ses acolytes, dont le tribut s’élevait à un sou par jour. En 1820, l’avarice et sa passion pour le bon vin furent les deux sentiments qui lui restèrent ; mais il régla le second et s’adonna tout entier au premier, sans négliger son bien-être. Il buvait le soir, après dîner, l’Eglise fermée ; il s’endormit pendant vingt ans dans les bras de l’ivresse, sa dernière maîtresse. Le matin, au jour, il était à son poste avec tous ses moyens. Du matin à l’heure de son dîner, qu’il allait faire chez le fameux père Lathuile, illustré par Charlet, il rongeait des croûtes de pain pour toute nourriture, et il les rongeait en artiste, avec une résignation qui lui valait d’abondantes aumônes. Le suisse, le donneur d’eau bénite, avec lesquels il s’entendait peut-être, disaient de lui :

– C’est le pauvre de l’Eglise, il a connu le curé Languet, qui a bâti Saint-Sulpice, il a été vingt ans suisse, avant et après la révolution. Il a cent ans.

Cette petite biographie connue des dévotes était la meilleure de toutes les enseignes, et aucun chapeau ne fut mieux achalandé dans tout Paris. Il avait acheté la maison en 1826, et sa rente en 1830. D’après la valeur des deux biens, il devait faire six mille francs de recettes par an, et les avoir placés dans une usure semblable à celle de Cérizet, car le prix de la maison fut de quarante mille francs, et la rente coûta quarante-huit mille francs. La nièce, abusée par son oncle, tout aussi bien que les portiers, les petits fonctionnaires de l’Eglise et les âmes dévotes, étaient abusés, le croyait plus malheureux qu’elle, et quand elle avait des poissons avancés elle les apportait à son oncle. Elle jugea donc nécessaire de tirer parti de ses marchandises et de sa pitié pour un oncle qui devait avoir une foule de collatéraux inconnus, car elle était la troisième et dernière fille Poupillier, elle avait quatre frères, et son père, commissionnaire à charrette, lui parlait dans son enfance de trois tantes et de quatre oncles, ayant tous des destinées les plus saugrenues. Après avoir vu son oncle, elle prit son train de galop pour venir consulter Cérizet en lui apprenant comment elle avait retrouvé sa fille, et les ramons, les observations, les indices qui lui faisaient croire que son oncle Poupillier cachait un tas d’or dans son grabat. La mère Cardinal ne se reconnaissait pas assez forte pour s’emparer de la succession du pauvre, légalement ou illégalement, et elle était venue se confier à Cérizet.

L’usurier des pauvres, semblable aux égoutiers, trouvait enfin des diamants dans la fange où il barbottait depuis quatre ans en y épiant un de ces hasards qui, dit-on, se rencontrent au milieu de ces faubourgs d’où sortent quelques héritières en sabots. Tel était le secret de sa mansuétude avec l’homme de qui la ruine était jurée. On peut imaginer en quelle anxiété il fut en attendant le retour de la veuve Cardinal, à qui ce profond ourdisseur de trames ténébreuses avait donné les moyens de vérifier ses soupçons sur l’existence du trésor, et à qui sa dernière phrase avait promis tout, si elle voulait s’en remettre à lui du soin de recueillir cette moisson. Il n’était pas homme à reculer devant un crime, surtout quand il voyait chance à le faire commettre par autrui, tout en s’en appliquant les bénéfices. Et il achetait alors la maison de la rue Geoffroy-Marie et il se voyait enfin bourgeois de Paris, capitaliste en état d’entreprendre de belles affaires !




Chapitre suivant : CHAPITRE XXII : DES DIFFICULTES QUI SE RENCONTRENT DANS LE VOL LE PLUS FACILE