Les petits Bourgeois - BALZAC Honoré de

CHAPITRE XX : NOIRCEURS DE COLOMBES

– Je suis propriétaire incommutable !… s’écria Thuillier en revenant de chez Jacquinot, le gendre et le successeur de Cardot. Aucune puissance humaine ne peut m’arracher ma maison. Ils me l’ont dit.

Les bourgeois croient beaucoup plus à ce que leur disent les notaires qu’à ce que leur disent les avoués. Le notaire est plus près d’eux que tout autre officier ministériel. Le bourgeois de Paris ne se rend pas sans effroi chez son avoué, dont l’audace belligérante le trouble, tandis qu’il monte toujours avec un nouveau plaisir chez son notaire, il en admire la sagesse et le bon sens.

– Cardot, qui cherche un beau logement, m’a demandé l’un des appartements du second étage.. reprit-il ; si je veux, il me présentera dimanche un principal locataire qui propose un bail de dix-huit ans, à quarante mille francs, impôts à sa charge… Qu’en dis-tu, Brigitte ?…

– Il faut attendre, répondit-elle. Ah ! notre cher Théodose m’a donné une fière venette !

– Oh là, bonne amie ; mais tu ne sais donc pas que Cardot, m’ayant demandé qui m’avait fait faire cette affaire-là, m’a dit que je lui devais un présent d’au moins dix mille francs. Au fait, je lui dois tout !

– Mais il est l’enfant de la maison, répondit Brigitte.

– Ce pauvre garçon, je lui rends justice, il ne demande rien.

– Eh bien, bon ami, dit la Peyrade, en revenant à trois heures de la justice de paix, vous voilà richissime !

– Et par toi, mon cher Théodose…

– Et vous, petite tante, êtes-vous revenue à la vie ?… Ah ! vous n’avez pas eu si peur que moi… Je fais passer vos intérêts avant les miens. Tenez, je n’ai respiré librement que ce matin à onze heures. Maintenant je suis sûr d’avoir à mes trousses un ennemi mortel dans les deux personnes que j’ai trompées pour vous. En revenant, je me demandais quelle a été votre influence pour me faire commettre cette espèce de crime ? ou si le bonheur d’être de votre famille, de devenir votre enfant effacera la tache que je me vois sur la conscience.

– Bah ! tu t’en confesseras ! dit Thuillier l’esprit fort.

– Maintenant, dit Théodose à Brigitte, vous pouvez payer en toute sécurité le prix de la maison, quatre-vingt mille francs, les trente mille à Grindot, en tout avec ce que vous avez payé de frais cent vingt mille francs et ces derniers vingt mille font cent quarante mille. Si vous louez à un principal locataire, demandez-lui la dernière année d’avance, et réservez-moi, pour ma femme et moi, tout le premier étage au-dessus de l’entresol. Vous trouverez encore quarante mille francs pour douze ans à ces conditions-là. Si vous voulez quitter ce quartier-ci pour celui de la chambre, vous aurez bien de quoi vous loger dans ce vaste premier qui a remise, écurie, et tout ce qui constitue une grande existence. Et maintenant, Thuillier, je vais t’avoir la croix de la légion d’honneur !

A ce dernier trait, Brigitte s’écria :

– Ma foi, mon petit, vous avez si bien fait nos affaires que je vous laisse à conclure celle de la maison Thuillier…

– N’abdiquez pas, belle tante, dit Théodose, et Dieu me garde de faire un pas sans vous ; vous êtes le bon génie de la famille. Je pense seulement au jour où Thuillier sera de la chambre. Vous rentrerez dans quarante mille francs d’ici à deux mois. Et cela n’empêchera pas Thuillier de toucher ses dix mille francs de loyer au premier terme.

Après avoir jeté cet espoir à la vieille fille qui jubilait, il entraîna Thuillier dans le jardin, et là, sans barguigner, il lui dit :

– Bon ami, trouve moyen de demander dix mille francs à ta soeur, et qu’elle ne puisse jamais se douter qu’ils me seront remis, dis-lui que cette somme est nécessaire dans les bureaux pour faciliter ta nomination comme chevalier de la légion-d’honneur, et que tu sais à qui distribuer cette somme.

– C’est cela, dit Thuillier ; d’ailleurs je le lui rendrai sur les loyers.

– Aie-la ce soir, bon ami, je vais sortir pour ta croix, et demain nous saurons à quoi nous en tenir…

– Quel homme tu es ! s’écria Thuillier.

– Le ministère du 1er mars va tomber, il faut obtenir cela de lui, répondit finement Théodose.

L’avocat courut chez madame Colleville, et lui dit en entrant :

– J’ai vaincu ; nous aurons pour Céleste un immeuble d’un million dont la nue propriété lui sera donnée au contrat par Thuillier ; mais gardons ce secret, votre fille serait demandée par des pairs de France. Cet avantage ne se fera d’ailleurs qu’en ma faveur. Maintenant habillez-vous, allons chez madame la comtesse du Bruel, elle peut faire avoir la croix à Thuillier. Pendant que vous vous mettrez sous les armes, je vais faire un doigt de cour à Céleste, et nous causerons en voiture.

La Peyrade avait vu, dans le salon, Céleste et Félix Phellion. Flavie avait tant de confiance en sa fille qu’elle l’avait laissée avec le jeune professeur. Depuis le grand succès obtenu dans la matinée, Théodose sentait la nécessité de commencer à s’adresser à Céleste. L’heure de brouiller les deux amants était venue ; il n’hésita point à clouer son oreille à la porte du salon avant d’y entrer, afin de savoir quelle lettre ils épelaient de l’alphabet de l’amour, et il fut convié, pour ainsi dire, à commettre ce crime domestique en comprenant par quelques éclats de voix qu’ils se querellaient. L’amour, selon l’un de nos poëtes, est un privilége que deux êtres se donnent de se faire réciproquement beaucoup de chagrin à propos de rien. Une fois Félix élu dans son coeur pour le compagnon de sa vie, Céleste eut le désir, moins de l’étudier que de s’unir à lui par cette communion du coeur par où commencent toutes les affections, et qui, chez les esprits jeunes, amène un examen involontaire. La querelle à laquelle Théodose allait prêter l’oreille prenait sa source dans un dissentiment profond survenu depuis quelques jours entre le mathématicien et Céleste. Cette enfant, le fruit moral de l’époque pendant laquelle madame Colleville essaya de se repentir de ses fautes, était d’une piété solide ; elle appartenait au vrai troupeau des fidèles, et chez elle le catholicisme absolu, tempéré par la mysticité qui plaît tant aux jeunes âmes, était une poésie intime, une vie dans la vie. Les jeunes filles partent de là pour devenir des femmes excessivement légères ou des saintes. Mais, pendant cette belle période de leur jeunesse, elles ont dans le coeur un peu d’absolutisme ; dans leurs idées, elles ont toujours devant les yeux l’image de la perfection, et tout doit être céleste, angélique ou divin pour elles. En dehors de leur idéal, rien n’existe, tout est boue et souillure. Cette idée fait alors rejeter beaucoup de diamants à paille, par des filles qui, femmes, adorent des strass. Or, Céleste avait reconnu non pas l’irréligion, mais l’indifférence de Félix en matière de religion. Comme la plupart des géomètres, des chimistes, des mathématiciens, et des grands naturalistes, il avait soumis la religion au raisonnement : il y reconnaissait un problème insoluble comme la quadrature du cercle. Déiste in petto, il restait dans la religion de la majorité des Français, sans y attacher plus d’importance qu’à la loi nouvelle éclose en juillet. Il fallait Dieu dans le ciel, comme un buste de roi sur un socle à la mairie. Félix Phellion, digne fils de son père, n’avait pas mis le plus léger voile sur sa conscience ; il y laissait lire par Céleste avec la candeur, avec la distraction d’un chercheur de problèmes, et la jeune fille mêlait la question religieuse à la question civile ; elle professait une profonde horreur pour l’athéisme ; son confesseur lui disait que le déiste est le cousin germain de l’athée.

– Avez-vous pensé, Félix, à faire ce que vous m’avez promis, demanda Céleste aussitôt que madame Colleville les eut laissés seuls.

– Non, ma chère Céleste, répondit Félix.

– Oh ! manquer à sa promesse ! s’écria-t-elle doucement.

– Il s’agissait d’une profanation, dit Félix. Je vous aime tant, et d’une tendresse si peu ferme contre vos désirs, que j’ai promis une chose contraire à ma conscience. La conscience, Céleste, est notre trésor, notre force, notre appui. Comment vouliez-vous que j’allasse dans une église, m’y mettre aux genoux d’un prêtre en qui je ne vois qu’un homme !… Vous m’eussiez méprisé, si je vous avais obéi.

– Ainsi, mon cher Félix, vous ne voulez pas aller à l’église ?.. dit Céleste, en jetant à celui qu’elle aimait un regard trempé de larmes. Si j’étais votre femme, vous me laisseriez aller seule là… Vous ne m’aimez pas comme je vous aime !… car jusqu’à présent j’ai dans le coeur pour un athée un sentiment contraire à ce que Dieu veut de moi !…

– Un athée ! s’écria Félix Phellion… Oh ! non. Ecoutez, Céleste ?… Il y a certainement un Dieu, j’y crois, mais j’ai de lui de plus belles idées que n’en ont vos prêtres ; je ne le rabaisse pas jusqu’à moi, je tente de m’élever jusqu’à lui… j’écoute la voix qu’il a mise en moi, que les honnêtes gens appellent la conscience, et je tâche de ne pas obscurcir les divin rayons qui m’arrivent. Aussi ne nuirai-je jamais à personne, et ne ferai-je jamais rien contre les commandements de la morale universelle, qui fut la morale de Confucius, de Moïse, de Pythagore, de Socrate, comme celle de Jésus-Christ… Je resterai pur devant Dieu, mes actions seront mes prières ; je ne mentirai jamais, ma parole sera sacrée, et jamais je ne ferai rien de bas ni de vil… Voilà les enseignements que je tiens de mon vertueux père, et que je veux léguer à mes enfants. Tout le bien que je pourrai faire, je l’accomplirai, même dussé-je en souffrir. Que demandez-vous de plus à un homme ?…

Cette profession de foi de Phellion fit douloureusement hocher la tête à Céleste.

– Lisez attentivement, dit-elle, l’Imitation de Jésus-Christ !… Essayez de vous convertir à la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, et vous reconnaîtrez combien vos paroles sont absurdes… Ecoutez, Félix, le mariage n’est pas, selon l’Eglise, une affaire d’un jour, la satisfaction de nos désirs, il est fait pour l’éternité… Comment nous serions unis la nuit et le jour, nous devrions faire une seule chair, un seul verbe, nous aurions dans notre coeur deux langages, deux religions, une cause de dissentiment perpétuel, vous me condamneriez à des pleurs que je vous cacherais sur l’état de votre âme, je pourrais m’adresser à Dieu, quand je verrais incessamment sa droite armée contre vous !… Votre sang de déiste et vos convictions pourraient animer mes enfants !… Oh ! mon Dieu ! combien de malheurs pour une épouse ?… Non, ces idées sont intolérables… Oh ! Félix, soyez de ma foi, car je ne puis être de la vôtre ! ne mettez pas des abîmes entre nous… Si vous m’aimiez, vous auriez déjà lu l’Imitation de Jésus-Christ.

Les Phellion, enfants du Constitutionnel, n’aimaient pas l’esprit prêtre ; Félix eut l’imprudence de répondre à cette espèce de prière échappée du fond d’une âme ardente :

– Vous répétez, Céleste, une leçon de votre confesseur, et rien n’est plus fatal au bonheur, croyez-moi, que l’intervention des prêtres dans les ménages…

– Oh ! s’écria Céleste indignée, et que l’amour seul avait inspirée, vous n’aimez pas !… la voix de mon coeur ne va pas au vôtre ! vous ne m’avez pas comprise, car vous ne m’avez pas entendue, et je vous pardonne, car vous ne savez ce que vous dites.

Elle s’enveloppa dans un silence superbe, et Félix alla battre du tambour avec les doigts sur une vitre de la fenêtre, musique familière de ceux qui se livrent à des réflexions poignantes. Félix, en effet, se posait ces singulières et délicates questions de conscience phellione : — Céleste est une riche héritière, et en cédant, contre la voix de la religion naturelle, à ses idées, j’aurais en vue de faire un mariage avantageux, acte infâme. Je ne dois pas, comme père de famille, laisser les prêtres avoir la moindre influence chez moi ; si je cède aujourd’hui, je fais un acte de faiblesse qui sera suivi de beaucoup d’autres pernicieux à l’autorité du père et du mari… Tout cela n’est pas digne d’un philosophe. Et il revint vers sa bien-aimée.

– Céleste, je vous en supplie à genoux, ne mêlons pas ce que la loi, dans sa sagesse, a séparé. Nous vivons pour deux mondes, la société, le ciel. A chacun sa voie pour faire son salut ; mais quant à la société, n’est-ce pas obéir à Dieu que d’en observer les lois. Le Christ a dit : « Donnez à César ce qui appartient à César. » César est le monde politique. Oublions cette petite querelle ?

– Une petite querelle !… s’écria la jeune enthousiaste. Je veux que vous ayez mon coeur comme je veux avoir tout le vôtre, et vous en faites deux parts !… N’est-ce pas le malheur ? Vous oubliez que le mariage est un sacrement…

– Votre prêtraille vous tourne la tête, s’écria le mathématicien impatienté.

– Monsieur Phellion, dit Céleste en l’interrompant vivement, assez sur ce sujet.

Ce fut sur ce mot que Théodose jugea nécessaire d’entrer, et trouva Céleste pâle et le jeune professeur inquiet comme un amant qui vient d’irriter sa maîtresse.

– J’ai entendu le mot assez ?… Il y avait donc trop ?… reprit-il en regardant tour à tour Céleste et Félix.

– Nous parlions religion… répondit Félix, et je disais à mademoiselle combien l’influence religieuse était funeste au sein des ménages…

– Il ne s’agissait pas de cela, monsieur, dit aigrement Céleste ; mais de savoir si le mari et la femme peuvent ne faire qu’un seul coeur quand l’un est athée et l’autre catholique.

– Est-ce qu’il y a des athées ?… s’écria Théodose en donnant les marques d’une profonde stupéfaction. Est-ce qu’une catholique peut épouser un protestant ? Mais il n’y a de salut possible pour deux époux qu’en ayant une conformité parfaite en fait d’opinions religieuses !… Moi qui suis, à la vérité, du Comtat, et d’une famille qui compte un pape dans ses ancêtres ; car nos armes sont de gueules à clef d’argent, et nous avons pour supports un moine tenant une église et un pèlerin tenant un bourdon d’or, avec ces mots : J’ouvre et je ferme ! pour devise ; je suis là-dessus d’un absolutisme féroce. Mais, aujourd’hui, grâce au système d’éducation moderne, il ne semble pas extraordinaire d’agiter de semblables questions ! Moi, disais-je, je n’épouserais pas une protestante, eût-elle des millions !… et quand même je l’aimerais à en perdre la raison ! On ne discute pas la foi ! Una fides, unus Dominus, voilà ma devise en politique.

– Vous entendez ?… s’écria triomphalement Céleste en regardant Félix Phellion.

– Je ne suis pas un dévot ; je vais à la messe à six heures du matin, quand on ne me voit pas ; je fais maigre le vendredi ; je suis enfin un fils de l’Eglise, et je n’entreprendrais rien de sérieux sans m’être mis en prières, à la vieille mode de nos ancêtres. Personne ne s’aperçoit de ma religion… A la révolution de 1789, il s’est passé dans ma famille un fait qui nous a tous attachés plus étroitement encore que par le passé à notre sainte mère l’Eglise. Une pauvre demoiselle de la Peyrade de la branche aînée, qui possède le petit domaine de la Peyrade, car nous, nous sommes Peyrade des Canquoëlles, mais les deux branches héritent l’une de l’autre ; cette demoiselle épousa, six ans avant la révolution, un avocat qui, selon la mode du temps, était voltairien, c’est-à-dire incrédule ou déiste, si vous voulez. Il donna dans les idées révolutionnaires et il abonda dans les gentillesses que vous savez, le culte de la déesse Liberté-Raison. Il vint dans notre pays imbu, fanatique de la Convention. Sa femme était très-belle ; il la força de jouer le rôle de la Liberté ; la pauvre infortunée est devenue folle !… elle est morte folle ! Eh bien, par le temps qui court, nous pouvons revoir 1793 !…

Cette histoire, forgée à plaisir, fit une telle impression sur l’imagination neuve et fraîche de Céleste, qu’elle se leva, salua les deux jeunes gens et se retira dans sa chambre.

– Ah ! monsieur, qu’avez-vous dit-là !… s’écria Félix, atteint au coeur par le regard froid que Céleste venait de lui jeter en affectant une profonde indifférence. Elle se croit en déesse de la Raison.

– De quoi s’agissait-il donc ? demanda Théodose.

– De mon indifférence en matière de religion.

– La grande plaie du siècle, répondit Théodose d’un air grave.

– Me voici, dit madame Colleville en se montrant habillée avec goût ; mais qu’a donc ma pauvre fille, elle pleure…

– Elle pleure, madame !… s’écria Félix ; dites-lui, madame, que je vais me mettre à étudier l’Imitation de Jésus-Christ.

Et Félix descendit avec Théodose et Flavie, à qui l’avocat serrait le bras de manière à lui faire comprendre que, dans la voiture, il lui expliquerait la démence du jeune savant.

Une heure après, madame Colleville et Céleste, Colleville et Théodose entraient chez les Thuillier et venaient dîner avec eux. Théodose et Flavie avaient entraîné Thuillier dans le jardin, et Théodose lui dit :

– Bon ami, tu auras la croix dans huit jours. Tiens, cette chère amie va te raconter notre visite à madame la comtesse du Bruel…

Et Théodose quitta Thuillier en voyant Desroches amené par mademoiselle Thuillier, il alla, poussé par un affreux et glacial pressentiment, au devant de l’avoué.

– Mon cher maître, dit Desroches à l’oreille de Théodose, je viens voir si vous pouvez vous procurer vingt-sept mille six cent quatre-vingts francs soixante centimes…

– Vous êtes l’avoué de Cérizet, s’écria l’avocat…

– Il a remis les pièces à Louchard, et vous savez ce qui vous attend, après une arrestation. Cérizet a-t-il tort de vous croire vingt-cinq mille francs dans votre secrétaire, vous les lui avez offerts, il trouve assez naturel de ne pas les laisser chez vous…

– Je vous remercie de votre démarche, mon cher maître, dit Théodose, et j’ai prévu cette attaque…

– Entre nous, répondit Desroches, vous l’avez joliment berné… Le drôle ne recule devant rien pour se venger, car il perd tout, si vous voulez jeter la robe aux orties et aller en prison…

– Moi !… s’écria Théodose, je paye !… mais, il a cinq acceptations de chacune cinq mille francs… qu’en compte-t-il faire ?…

– Oh ! après l’affaire de ce matin, je ne puis rien vous dire ; mais mon client est un chien fini, galeux, et il a bien ses petits projets…

– Voyons Desroches ? dit Théodose en prenant le raide et sec Desroches par la taille, les pièces sont-elles encore chez vous…

– Voulez-vous payer ?…

– Oui dans trois heures.

– Eh bien ! soyez chez moi à neuf heures, je recevrai vos fonds et vous remettrai les titres, mais à neuf heures et demie, ils seront chez Louchard…

– Eh bien ! à ce soir, neuf heures… dit Théodose.

– A neuf heures, répondit Desroches dont le regard avait embrassé toute la famille alors réunie dans le jardin, Céleste qui les yeux rouges causait avec sa marraine, Colleville et Brigitte, Flavie et Thuillier. Sur les marches du large perron par lequel on montait du jardin dans la salle d’entrée, Desroches dit à Théodose qui l’avait reconduit jusque-là.

– Vous pouvez bien payer vos lettres de change !

Par ce seul coup d’oeil, Desroches qui venait de faire causer Cérizet, avait reconnu les immenses travaux de l’avocat.




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