Les petits Bourgeois - BALZAC Honoré de

CHAPITRE XIII : ATTENTAT A LA MODESTIE MUNICIPALE DE THUILLIER

Cinq minutes après cette plaisanterie issue de la loge de son père, Brigitte eut la satisfaction de voir la table bordée des principaux personnages de ce drame que d’ailleurs son salon allait contenir tous, à l’exception de l’affreux Cérizet. Le portrait de cette vieille faiseuse de sacs serait peut-être incomplet si l’on omettait la description d’un de ses meilleurs dîners. La physionomie de la cuisinière bourgeoise en 1840 est d’ailleurs un de ces détails nécessaires à l’histoire des moeurs, et les habiles ménagères y trouveront des leçons. On n’a pas fait pendant vingt ans des sacs vides, sans chercher les moyens d’en remplir quelques-uns pour soi. Or, Brigitte a ceci de particulier qu’elle unissait à la fois l’économie à laquelle on doit la fortune et l’entente des dépenses nécessaires. Sa prodigalité relative, dès qu’il s’agissait de son frère ou de Céleste, était l’antipode de l’avarice. Aussi se plaignait-elle souvent de ne pas être avare. A son dernier dîner, elle avait raconté comment, après avoir combattu pendant dix minutes et avoir souffert le martyre, elle avait fini par donner dix francs à une pauvre ouvrière du quartier qu’elle savait pertinemment être à jeun depuis deux jours.

– La nature, dit-elle naïvement, a été plus forte que la raison.

La soupe offrait un bouillon quasi blanc ; car, même dans une occasion de ce genre, il y avait recommandation à la cuisinière de faire beaucoup de bouillon ; puis, comme le boeuf devait nourrir la famille le lendemain et le surlendemain, moins il fournissait de sucs au bouillon, plus substantiel il était. Le boeuf, peu cuit, s’enlevait toujours à cette phrase dite par Brigitte pendant que Thuillier y plongeait le couteau :

– Je le crois un peu dur ; d’ailleurs va, Thuillier, personne n’en mangera, nous avons autre chose !

Ce bouillon était en effet flanqué de quatre plats montés sur de vieux réchauds désargentés et qui, dans ce dîner, dit de la candidature, consistaient en deux canards aux olives ayant en vis-à-vis une assez grande tourte aux quenelles et une anguille à la tartare répondant à un fricandeau sur de la chicorée. Le second service avait pour plat du milieu une sérénissime oie pleine de marrons, une salade de mâches ornée de ronds de betterave rouge faisait vis-à-vis à des pots de crème, et des navets au sucre regardaient une timbale de macaronis. Ce dîner de concierge qui fait noces et festins coûtait tout au plus vingt francs, les restes défrayaient la maison pendant deux jours, et Brigitte disait :

– Dame ! quand on reçoit l’argent file !… c’en est effrayant !

La table était éclairée par deux affreux flambeaux de cuivre argenté, à quatre branches et où brillait la bougie économique dite de l’Aurore. Le linge resplendissait de blancheur, et la vieille argenterie à filets était de l’héritage paternel, le fruit d’achats faits pendant la révolution par le père Thuillier, et qui servirent à l’exploitation du restaurant anonyme qu’il tenait dans sa loge, et qui fut supprimé en 1816 dans tous les ministères. Ainsi, la chère était en harmonie avec la salle à manger, avec la maison, avec les Thuillier, qui ne devaient pas s’élever au-dessus de ce régime et de leurs moeurs. Les Minard, Colleville et la Peyrade échangèrent quelques-uns de ces sourires qui trahissent une communauté de pensées satyriques, mais contenues. Eux seuls connaissaient le luxe supérieur, et les Minard disaient assez leur arrière-pensée en acceptant un pareil dîner. La Peyrade, mis à côté de Flavie, lui dit à l’oreille :

– Avouez qu’ils ont besoin qu’on leur apprenne à vivre, et que vous et Colleville vous mangez ce qu’on nomme de la vache enragée, une vieille connaissance à moi ! Mais ces Minard, quelle hideuse cupidité ! Votre fille serait à jamais perdue pour vous ; ces parvenus ont les vices des grands seigneurs d’autrefois, sans en avoir l’élégance. Leur fils, qui a douze mille francs de rente, peut bien trouver des femmes dans la famille Potasse sans venir passer le râteau de leur spéculation ici… Quel plaisir de jouer de ces gens-là comme d’une basse ou d’une clarinette.

Flavie écoutait en souriant, et ne retira pas son pied quand Théodose mit sa botte dessus.

– C’est pour vous avertir de ce qui se passe, dit-il, entendons-nous par la pédale ; vous devez me savoir par coeur depuis ce matin, je ne suis pas homme à faire de petites malices…

Flavie n’avait pas été gâtée en fait de supériorité ; le ton tranchant de Théodose et l’Annonce éblouissaient cette femme, à qui l’habile prestidigitateur avait présenté le combat de façon à la mettre entre le oui et le non ; il fallait l’adopter ou le rejeter absolument ; et comme sa conduite était le résultat du calcul il suivait d’un oeil doux, mais avec une intérieure sagacité les effets de sa fascination. Pendant qu’on enlevait les plats du second service, Minard, inquiet de Phellion, dit à Thuillier d’un air grave :

– Mon cher Thuillier, si j’ai accepté votre dîner, c’est qu’il s’agissait d’une communication importante à vous faire, et qui vous honore trop pour ne pas en rendre témoins tous vos convives…

Thuillier devint pâle.

– Vous m’avez obtenu la croix !… s’écria-t-il en recevant un regard de Théodose et voulant lui prouver qu’il ne manquait pas de finesse.

– Vous l’aurez quelque jour, répondit le maire ; mais il s’agit de mieux que cela. La croix est une faveur due à la bonne opinion d’un ministre, tandis qu’il est question d’une espèce d’élection due à l’assentiment de tous vos concitoyens. En un mot, un assez grand nombre d’électeurs de mon arrondissement ont jeté les yeux sur vous et veulent vous honorer de leur confiance en vous chargeant de représenter cet arrondissement au conseil municipal de Paris qui, comme tout le monde le sait, est le conseil général de la Seine…

– Bravo ! fit Dutocq.

Phellion se leva.

– Môsieur le maire m’a prévenu, dit-il d’une voix émue, mais il est si flatteur pour notre ami d’être l’objet de tous les bons citoyens à la fois, et de réunir la voix publique sur tous les points de l’arrondissement que je ne puis me plaindre de ne venir qu’en seconde ligne, et d’ailleurs : au pouvoir l’initiative !… Et il salua Minard respectueusement. — Oui, môsieur Thuillier, plusieurs électeurs pensaient à vous donner leur mandat dans la partie de l’arrondissement où j’ai mes modestes pénates, et il y a cela de particulier pour vous que vous leur fûtes désigné par un homme illustre… (Sensation !) par un homme en qui nous voulions honorer l’un des plus vertueux habitants de l’arrondissement qui en fut pendant vingt ans le père, je veux parler ici de feu monsieur Popinot, en son vivant conseiller à la Cour royale et notre conseiller au conseil municipal, mais son neveu, le docteur Bianchon, l’une de nos gloires… a décliné, eu égard à ses fonctions absorbantes, la responsabilité dont il pouvait être alors chargé, tout en nous remerciant de nos hommages, et il a, remarquez ceci, il a désigné à nos votes le candidat de môsieur le maire, comme, à son sens, le plus capable, à raison de la place qu’il a naguères occupée, d’exercer la magistrature de l’édilité !…

Et Phellion se rassit au milieu d’une rumeur acclamative.

– Thuillier, tu peux compter sur ton vieil ami, dit Colleville.

En ce moment les convives furent tous attendris par le spectacle que leur donna la vieille Brigitte et madame Thuillier. Brigitte, pâle comme si elle défaillait, laissait couler sur ses joues des larmes qui se succédaient lentement, larmes d’une joie profonde, et madame Thuillier restait comme foudroyée, les yeux fixes. Tout à coup, la vieille fille s’élança dans la cuisine en criant à Joséphine :

– Viens à la cave, ma fille !… il faut du vin de derrière les fagots.

– Mes amis, dit Thuillier d’une voix émue, voici le plus beau jour de ma vie, il est plus beau que celui de mon élection, si je puis consentir à me laisser désigner aux suffrages de mes concitoyens (Allons ! allons !), car je me sens bien usé par trente ans de service public, et vous penserez qu’un homme d’honneur doit consulter ses forces et ses capacités avant d’assumer sur soi les fonctions de l’édilité…

– Je n’attendais pas moins de vous, monsieur Thuillier, s’écria Phellion. Pardon ! voici la première fois de ma vie que j’interromps, et un ancien supérieur encore ! mais il y a des circonstances…

– Acceptez ! acceptez ! cria Zélie, et nom d’un petit bonhomme, il nous faut des hommes comme vous pour gouverner.

– Résignez-vous, mon chef ! dit Dutocq, et vive le futur conseiller municipal ! Mais nous n’avons rien à boire…

– Ainsi, voilà qui est dit, reprit Minard, vous êtes notre candidat.

– Vous présumez beaucoup de moi, répondit Thuillier.

– Allons donc ! s’écria Colleville, un homme qui a trente ans de galères dans les bureaux des finances, est un trésor pour la ville !

– Vous êtes par trop modeste ! dit le jeune Minard ; votre capacité nous est bien connue ; elle est restée comme un préjugé aux finances…

– C’est vous qui l’avez voulu… s’écria Thuillier.

– Le roi sera très-content de ce choix, allez ! fit Minard en se rengorgeant.

– Messieurs, dit la Peyrade, voulez-vous permettre à un jeune habitant du faubourg Saint-Jacques une petite observation qui n’est pas sans importance.

La conscience que chacun avait de la valeur de l’avocat des pauvres amena le plus profond silence.

– L’influence de monsieur le maire de l’arrondissement limitrophe, et qui est immense dans le nôtre, où il a laissé de si beaux souvenirs, celle de monsieur Phellion, l’oracle, disons la vérité, fit-il en apercevant un geste de Phellion, l’oracle de son bataillon ; celle non moins puissante que monsieur de Colleville doit à la franchise de ses manières, à son urbanité ; celle de monsieur le greffier de la justice de paix, laquelle ne sera pas moins efficace, et le peu d’efforts que je puis offrir dans ma modeste sphère d’activité, sont des gages de succès ; mais ce n’est pas le succès !… Pour obtenir un rapide triomphe, nous devons nous engager tous à garder la plus profonde discrétion sur la manifestation qui vient d’avoir lieu ici… Nous exciterions, sans le savoir et sans le vouloir, l’envie, les passions secondaires, qui nous créeraient plus tard des obstacles à vaincre. Le sens politique de la nouvelle question, la base même de son symptôme et la garantie de son existence est dans un certain partage, dans une certaine limite du pouvoir avec la classe moyenne, la véritable force des sociétés modernes, le siége de la moralité, des bons sentiments, du travail intelligent ; mais nous ne pouvons pas nous dissimuler que l’élection, étendue à presque toutes les fonctions, a fait pénétrer les préoccupations de l’ambition, la fureur d’être quelque chose, passez-moi le mot, à des profondeurs sociales qu’elles n’auraient pas dû agiter. Quelques-uns y voient un bien, d’autres y voient un mal ; il ne m’appartient pas de juger la question en présence d’esprits devant la supériorité desquels je m’incline ; je me contente de la poser pour faire apercevoir le danger que peut courir l’étendard de notre ami. Voyez, le décès de notre honorable représentant au conseil municipal compte à peine huit jours de date, et déjà l’arrondissement est soulevé par des ambitions subalternes. On veut être en vue à tout prix. L’ordonnance de convocation n’aura peut-être son effet que dans un mois. D’ici là, combien d’intrigues !… N’offrons pas, je vous en supplie, notre ami Thuillier aux coups de ses concurrents ! Ne le livrons pas à la discussion publique, cette harpie moderne qui n’est que le porte-voix de la calomnie, de l’envie, le prétexte saisi par les inimitiés, qui diminue tout ce qui est grand, qui salit tout ce qui est respectable, qui déshonore tout ce qui est sacré !… Faisons comme a fait le tiers-parti à la chambre, restons muets et votons !

– Il parle bien, dit Phellion à son voisin Dutocq.

– Et comme c’est fort de choses !…

L’envie avait rendu le fils de Minard jaune et vert.

– C’est bien dit et vrai, s’écria Minard.

– Adopté à l’unanimité, dit Colleville ; messieurs, nous sommes gens d’honneur, il nous suffit de nous être entendus sur ce point.

– Qui veut la fin veut les moyens, dit emphatiquement Phellion.

En ce moment, mademoiselle Thuillier parut suivie de ses deux domestiques ; elle avait la clef de la cave passée dans sa ceinture, et trois bouteilles de vin de Champagne, trois bouteilles de vin vieux de l’Hermitage, une bouteille de vin de Malaga, furent placées sur la table ; mais elle portait avec une attention presque respectueuse une petite bouteille, semblable à une fée Carabosse qu’elle mit devant elle. Au milieu de l’hilarité causée par cette abondance de choses exquises, fruit de la reconnaissance, et que la pauvre fille, dans son délire, versait avec une profusion qui faisait le procès à son hospitalité de chaque quinzaine, il arrivait de nombreux plats de dessert, des quatre-mendiants en monceaux, des pyramides d’oranges, des tas de pommes, des fromages, des confitures, des fruits confits venus des profondeurs de ses armoires, qui, sans les circonstances, n’auraient pas figuré sur la nappe.

– Céleste, on va t’apporter une bouteille d’eau-de-vie que mon père a eue en 1802 ; fais-en une salade d’oranges ! cria-t-elle à sa belle-soeur. — Monsieur Phellion, débouchez le vin de Champagne ; cette bouteille est pour vous trois. — Monsieur Dutocq prenez celle-ci ! — Monsieur Colleville, vous qui savez faire partir les bouchons !…

Les deux filles distribuaient des verres à vin de Champagne, des verres à vin de Bordeaux et des petits verres, car Joséphine apporta trois bouteilles de vin de Bordeaux.

– De l’année de la comète, cria Thuillier ! Messieurs, vous avez fait perdre la tête à ma soeur.

– Et ce soir, du punch et des gâteaux ! dit-elle ; j’ai envoyé chercher du thé chez le pharmacien. Mon Dieu ! si j’avais su qu’il s’agissait d’une élection, s’écriait-elle en regardant sa belle-soeur j’aurais mis le dinde !…

Un rire général accueillit cette phrase.

– Oh ! nous avions une oie, dit Minard fils en riant.

– Les charrettes y versent ! s’écria madame Thuillier en voyant servir des marrons glacés et des meringues.

Mademoiselle Thuillier avait le visage en feu ; elle était superbe à voir, et jamais l’amour d’une soeur n’eut une expression si furibonde.

– Pour qui la connaît ! c’est attendrissant ! s’écria madame Colleville.

Les verres étaient pleins ; chacun se regardait ; on semblait attendre un toast, et la Peyrade dit :

– Messieurs, buvons à quelque chose de sublime !…

Tout le monde fut dans l’étonnement.

– A mademoiselle Brigitte !…

On se leva, l’on trinqua, l’on cria : Vive mademoiselle Thuillier ! tant l’expression d’un sentiment vrai produit d’enthousiasme.

– Messieurs, dit Phellion en lisant un papier écrit au crayon, au travail, à ses splendeurs, dans la personne de notre ancien camarade, devenu l’un des maires de Paris, à monsieur Minard et à son épouse !

Après cinq minutes de conversation, Thuillier dit :

– Messieurs, au roi et à la famille royale !… Je n’ajoute rien, ce toast dit tout.

– A l’élection de mon frère, dit mademoiselle Thuillier.

– Je vais vous faire rire, dit la Peyrade, qui ne cessait de parler à l’oreille de Flavie, et il se leva : Aux femmes ! à ce sexe enchanteur à qui nous devons tant de bonheur, sans compter nos mères, nos soeurs et nos épouses !…

Ce toast excita l’hilarité générale, et Colleville, déjà gai, cria :

– Gredin, tu m’as volé ma phrase.

Monsieur le maire se lève ; le plus profond silence règne.

– Messieurs, à nos institutions ! de là vient la force et la grandeur de la France dynastique !

Les bouteilles disparaissaient au milieu d’approbations données de voisin à voisin sur la bonté surprenante, sur la finesse des liquides.

Céleste Colleville dit timidement :

– Maman, me permettrez-vous de faire un toast ?…

La pauvre jeune fille avait aperçu la figure hébêtée de sa marraine, oubliée, elle, la maîtresse de la maison, offrant presque l’expression du chien ne sachant à quel maître obéir, allant de la physionomie de sa terrible belle-soeur à celle de Thuillier, consultant les visages, s’oubliant elle-même ; mais la joie sur cette face d’ilote, habituée à n’être rien, à comprimer ses idées, ses sentiments, faisait l’effet d’un pâle soleil d’hiver sous une brume : elle éclairait à regret ces chairs molles et flétries. Le bonnet de gaze orné de fleurs sombres, la négligence de la coiffure, la robe couleur carmélite, dont le corsage offrait pour tout ornement une grosse chaîne d’or, tout, jusqu’à la contenance, stimula l’affection de la jeune Céleste, qui, seule au monde, connaissait la valeur de cette femme, condamnée au silence et qui savait tout autour d’elle, qui souffrait de tout et qui se consolait avec elle et Dieu.

– Laissez-lui faire son petit toast, dit la Peyrade à madame Colleville.

– Va, ma fille, s’écria Colleville ; il y a le vin de l’Hermitage à boire, et il est chenu.

– A ma bonne marraine ! dit la jeune fille en inclinant son verre avec respect et le lui tendant.

La pauvre femme, effarouchée, regarda, mais à travers un voile de larmes, alternativement sa soeur et son mari ; mais sa position au sein de la famille était si connue, et l’hommage de l’innocence à la faiblesse avait quelque chose de si beau, que l’émotion fut générale ; tous les hommes se levèrent et s’inclinèrent devant madame Thuillier.

– Ah ! Céleste, je voudrais avoir un royaume à mettre à vos pieds, lui dit Félix Phellion.

Le bon Phellion essuyait une larme, et Dutocq lui-même était attendri.

– Quelle charmante enfant ! dit mademoiselle Thuillier en se levant et allant embrasser sa belle-soeur.

– A moi ! dit Colleville en se posant en athlète. Ecoutez bien ! A l’amitié ! — Videz vos verres ! remplissez vos verres ! — Bien. Aux beaux-arts ! la fleur de la vie sociale. Videz vos verres, remplissez vos verres. A pareille fête le lendemain de l’élection !

– Qu’est-ce que cette petite bouteille ?… demanda Dutocq à mademoiselle Thuillier.

– C’est, dit-elle, une des trois bouteilles de liqueur de madame Amphoux ; la seconde est pour le mariage de Céleste, et la dernière pour le jour du baptême de son premier enfant.

– Ma soeur a presque perdu la tête, dit Thuillier à Colleville !

Le dîner fut terminé par un toast porté par Thuillier, et qui lui fut soufflé par Théodose, au moment où la bouteille de Malaga brilla dans les petits verres comme autant de rubis.

– Colleville, messieurs, a bu à l’amitié ; moi, je bois, avec ce vin généreux, à mes amis !…

Un hourra plein de chaleur accueillit cette sentimentalité ; mais, comme dit Dutocq à Théodose :

– C’est un meurtre que de donner de pareil vin de Malaga à des gosiers du dernier ordre.

– Ah ! si l’on pouvait imiter ça, bon ami ! cria la mairesse en faisant retentir son verre par la manière dont elle suçait la liqueur espagnole, quelle fortune on ferait !

Zélie était arrivée à son plus haut degré d’incandescence ; elle était effrayante.

– Ah ! répondit Minard, la nôtre est faite !

– Votre avis, ma soeur, dit Brigitte à madame Thuillier, est-il de prendre le thé dans la salle ?…

Madame Thuillier se leva.




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