etienne-bonnot-condillac



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  • Première Partie
  • Chapitre Premier. – Fondement de la valeur des choses
  • Chapitre 2. – Fondement du prix des choses
  • Chapitre 3. – De la variation des prix
  • Chapitre 4. – Des marchés
  • Chapitre 5. – Ce qu’on entend par commerce
  • Chapitre 6. – Comment le commerce augmente la masse des richesses
  • Chapitre 7. – Comment les besoins [...] donnent naissance aux arts, et comment les arts augmentent la masse des richesses
  • Chapitre 8. – Des salaires
  • Chapitre 9. – Des richesses foncières et des richesses mobilières
  • Chapitre 10. – Par quels travaux les richesses se produisent, se distribuent et se conservent
  • Chapitre 11. – Commencement des villes
  • Chapitre 12. – Du droit de propriété
  • Chapitre 13. – Des métaux considérés comme marchandises
  • Chapitre 14. – Des métaux considérés comme monnaie
  • Chapitre 15. – Que l’argent, employé comme mesure des valeurs, a fait tomber dans des méprises sur la valeur des choses
  • Chapitre 16. – De la circulation de l’argent
  • Chapitre 17. – Du change
  • Chapitre 18. – Du prêt à intérêt
  • Chapitre 19. – De la valeur comparée des métaux dont on fait les monnaies
  • Chapitre 20. – Du vrai prix des choses
  • Chapitre 21. – Du monopole
  • Chapitre 22. – De la circulation des blés
  • Chapitre 23. – Le blé considéré comme mesure des valeurs
  • Chapitre 24. – Comment les productions se règlent d’après les consommations
  • Chapitre 25. – De l’emploi des terres
  • Chapitre 26. – De l’emploi des hommes dans une société qui a des mœurs simples
  • Chapitre 27. – Du luxe
  • Chapitre 28. – De l’impôt, source des revenus publics
  • Chapitre 29. – Des richesses respectives des nations
  • Chapitre 30. – Récapitulation sommaire de la première partie
  • Seconde partie
  • Chapitre Premier. – Répartition des richesses, lorsque le commerce jouit d’une liberté entière et permanente.
  • Chapitre 2. – Circulation des richesses lorsque le commerce jouit d’une liberté entière
  • Chapitre 3. – Mœurs simples d’une nation isolée chez qui le commerce jouit d’une liberté entière
  • Chapitre 4. – Atteintes portées au commerce : guerres
  • Chapitre 5. – Atteintes portées au commerce : douanes, péages
  • Chapitre 6. – Atteintes portées au commerce : impôts sur l’industrie
  • Chapitre 7. – Atteintes portées au commerce : compagnies privilégiées et exclusives
  • Chapitre 8. – Atteintes portées au commerce : impôts sur les consommations
  • Chapitre 9. – Atteintes portées au commerce : variation dans les monnaies
  • Chapitre 10. – Atteintes portées au commerce : exploitation des mines
  • Chapitre 11. – Atteintes portées au commerce : emprunts de toute espèce de la part du gouvernement
  • Chapitre 12. – Atteintes portées au commerce : police sur l’exportation et l’importation des grains
  • Chapitre 13. – Atteintes portées au commerce : police sur la circulation intérieure des grains
  • Chapitre 14. – Atteintes portées au commerce : manœuvres des monopoleurs
  • Chapitre 15. – Atteintes portées au commerce : obstacles à la circulation des grains, lorsque le gouvernement veut rendre au commerce la liberté
  • Chapitre 16. – Atteintes portées au commerce : luxe d’une grande capitale
  • Chapitre 17. – Atteintes portées au commerce : jalousie des nations
  • Chapitre 18. – Atteintes portées au commerce : comment les spéculations des commerçants ont pour dernier terme la ruine même du commerce
  • Chapitre 19. – Conclusion des deux premières parties


  • Version eBook

    Chapitre 9. – Des richesses foncières et des richesses mobilières

    On distingue les productions de la terre en denrées et en matières premières. Les denrées sont les productions qui servent à notre subsistance et à celle des animaux que nous élevons. Les matières premières sont des productions qui peuvent prendre différentes formes, et par là devenir propres à divers usages.

    Les productions considérées comme denrées ou comme matières premières, se nomment richesses foncières, parce qu’elles sont le produit des fonds de terre.

    Les matières premières, travaillées, manufacturées, mises en œuvre, se nomment richesses mobilières, parce que les formes qu’on leur a fait prendre en font des meubles qui servent à nos besoins.

    S’il n’y avait point de richesses foncières, il n y aurait point de richesses mobilières ; ou, ce qui est la même chose, s’il n’y avait point de matières premières, il n’y aurait point de matières travaillées.

    Les richesses foncières sont donc des richesses du premier ordre, ou des richesses sans lesquelles il n’y aurait point d’autres richesses.

    Les richesses mobilières ne sont que du second ordre, puisqu’elles supposent les richesses foncières. Mais elles n’en sont pas moins des richesses, les formes qui donnent aux matières premières une utilité leur donnent une valeur.

    A parler exactement, le colon ne produit rien, il dispose seulement la terre à produire.

    L’artisan, au contraire, produit une valeur, puisqu’il y en a une dans les formes qu’il donne aux matières premières. Produire, en effet, c’est donner de nouvelles formes à la matière ; car la terre, lorsqu’elle produit, ne fait pas autre chose.

    Mais parce que la terre, abandonnée à elle-même, nous laisserait souvent manquer des productions qui nous sont le plus nécessaires, on peut regarder comme produit du colon tout ce qu’il recueille sur les champs qu’il a cultivés.

    Je dirai donc que le colon produit les richesses foncières et que l’artisan produit les richesses mobilières. Si le premier ne travaillait pas, nous manquerions de productions ; et si le second ne travaillait pas, nous manquerions de mobilier.

    Nous avons vu que la valeur, fondée sur le besoin, croît dans la rareté et diminue dans l’abondance.

    Les ouvrages de l’art ont donc plus de valeur, lorsqu’ils sont de nature à ne pouvoir être faits que par un petit nombre d’artisans, puisque alors ils sont plus rares ; et ils en ont moins, lorsqu’ils sont de nature à pouvoir être faits par un plus grand nombre d’artisans, puisque alors ils sont plus communs.

    Leur valeur est la valeur même de la matière première, plus la valeur de la forme.

    La valeur de la forme ne peut être que la valeur du travail qui la donne. Elle est le salaire dû à l’ouvrier.

    Si on payait ce salaire avec des productions, on en donnerait à l’ouvrier autant qu’il a droit d’en consommer pendant tout le temps que dure son travail.

    Lorsque l’ouvrage est fait, la valeur de la forme est donc équivalente à la valeur des productions que l’ouvrier est censé avoir consommées.

    Ces productions ne sont plus. Mais, si on considère qu’elles ont été remplacées par d’autres, on jugera que la quantité des richesses foncières est la même, années communes.

    Les richesses foncières ne se remplacent qu’autant qu’elles se détruisent. Produites pour être consommées, elles ne se reproduisent qu’en raison de la consommation ; et la quantité qui s’en consomme est déterminée par le besoin, besoin qui a des limites.

    Les richesses mobilières font plus que se remplacer, elles s’accumulent. Destinées à nous procurer toutes les jouissances dont nous nous sommes fait autant d’habitudes, elles se multiplient comme nos besoins factices, qui peuvent se multiplier sans fin. Ajoutez qu’elles sont en général d’une matière durable, qui souvent se conserve presque sans déchet.

    Par le travail de l’artisan, les valeurs s’accumulent ; mais il a consommé en productions des valeurs équivalentes ; et par conséquent les richesses mobilières ne se multiplient qu’avec le secours des richesses foncières.

    Le colon produit plus qu’il ne consomme. C’est avec son surabondant qu’il fait subsister ceux qui ne cultivent pas. Mais, comme nous l’avons dit, il n’accumule pas valeur sur valeur ; il ne fait que remplacer les productions à mesure qu’elles se détruisent ; et, par son travail, les richesses ou les productions sont toujours en proportion des quantités qui s’en consomment. L’artisan, au contraire, ajoute à la masse des richesses des valeurs équivalentes à la valeur des productions qu’il a consommées, et par son travail les richesses mobilières s’accumulent.

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