Comprendre la politique monétaire en 5 lectures.

Au moment où la BCE s’apprête à lancer un programme quantitatif sur la base des QE de la Fed, on s’étonne toujours de la légèreté avec laquelle on fait tourner la planche à billets ; comme si on faisait passer ce fait pour un mal nécessaire auprès de la population souvent ignorante des conséquences.

Ce qui est encore plus étonnant, c’est de percevoir que la compréhension des logiques monétaires n’a jamais fait partie des spécialités françaises ; à l’image du rapport du gouvernement français demandé à Keynes durant les années 20. L’ignorance comme marque culturelle française à propos des questions monétaires ; et ceci depuis des lustres, avec les expériences de Philippe d’Orléans et les exploits de son conseiller, le fameux John Law.

On a beau faire le constat historique : que tout ceci tourne bien souvent au fiasco ; et que c’est grandement à cause de ces programmes que l’humanité a du digérer deux guerres mondiales spécialement atroces sur l’échelle de la barbarie. Fi de tout cela,  on est condamné à subir ce consensus hétérogène de la logique de l’endettement et de la création monétaire, deux concepts liés comme nous allons le voir.

Et dans les innombrables contradictions de la classe politique, citons la plus remarquable.
Il y a peu, la banque d’Angleterre rendait un rapport qui affirmait que leur programme de création monétaire (Quantitative Easing) avait bénéficié essentiellement aux 5% les plus riches du pays. De ce constat, on s’étonne encore de voir, dans une sorte de schizophrénie, que c’est aussi la gauche française qui le réclame comme une nécessité impérieuse. Si bien qu’à la fin, on ne comprend pas très bien la logique de la chose, si ce n’est à dire qu’historiquement la gauche renoncerait à la lutte contre les inégalités.

Mais assez parlé, cet article a pour but de combler cette béance  conceptuelle afin de saisir tout ce qui est en jeu dans la création monétaire. Et pour ne pas orienter idéologiquement le discours, il est question de donner la parole à différents courants de pensée (keynésianisme, néo-keynésianisme, monétariste …).

Top 5 des lectures pour comprendre les enjeux de la politique monétaire :

Ce recueil est un chef d’œuvre absolu, car vous allez pouvoir, en le lisant, mettre des mots à des phénomènes obscurs tels que ceux de la désindustrialisation, de l’effondrement économique qui sont bien souvent les conséquences des tours de prestidigitation de la monnaie.

1. La première lecture conseillée, la plus importante si vous voulez vous initier à l’approche monétaire, c’est celle de la retranscription des conférences du Professeur Irving qu’il a dispensées à Genève en 1927 ; et que l’on a regroupées dans un ouvrage nommé L’Illusion d’une Monnaie Stable. Elles sont d’une importance cruciale, car l’économiste américain, qui est tout autant considéré chez les néo-keynésiens que chez les monétaristes, s’adresse à un public néophyte, certainement issu de la culture industrielle. Irving explique mot pour mot   :

L’espèce de vol effectué au dépens des uns et au profit des autres, n’est que le premier des effets produits par l’instabilité de la monnaie.

Irving Fisher, L’Illusion d’une Monnaie stable.

Reste à comprendre, si vous allez jusqu’au bout ce cette lecture, les mécanismes de ce vol. Quelles conséquences a-t-il sur les phénomènes d’inflation, de déflation, de  chômage, sur la classe ouvrière et le secteur productif ?

2. Le second livre conseillé dans l’ordre des priorités est en fait un rapport commandé par le gouvernement français à John Maynard Keynes dans les années 20 intitulé Réflexions sur le Franc.

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Nous l’avons choisi, parmi les nombreux ouvrages sur la monnaie de Keynes, et l’avons préféré à la Théorie Générale, à cause de son rôle historique. De plus, s’adressant à des dirigeants politiques, il a le mérite de poser  d’une manière très simple les conséquences politiques de l’endettement et des différentes stratégies pour les surmonter.

3. La troisième lecture indispensable est celle issue des travaux de Ludwig von Mies : De la Manipulation de la monnaie et du crédit qui traite d’une manière sous-jacente des problématiques des deux premiers livres cités en les approfondissant. Ludwig von Mies y développe plus précisément les conséquences souhaitées par l’inflation, et bien évidemment les conséquences non-souhaitées qui sont bien évidemment indissociables quand le niveau d’inflation ne devient plus maîtrisable et se transforme par la suite en un clavaire pour les autorités monétaires et les gouvernements.

4. Un livre très utile à lire est les mémoires d’Alan Greenspan publiées juste avant la crise de 2008 sous le titre, Le Temps des Turbulences,  non pas tant pour son côté théorique, qui est inexistant, mais plutôt historique. Car l’économiste américain fait une courte histoire économique de la politique monétaire des USA depuis les années 50. On y découvre une somme de détails politico-économiques sur les Etats-Unis, la Fed, les présidents américains, et de l’influence de Wall Street, de la construction de l’euro (…) sur la politique monétaire. Ouvrage qu’il faut savoir lire entre les lignes pour avoir une approche objective de la situation américaine et des différentes crises que le pays traverse depuis les années 70.

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On regrette néanmoins que Paul Volcker (qui est énormément cité dans ce livre) n’ait jamais publié  d’écrits systématiques (ou de simples mémoires) car beaucoup le considèrent comme le plus grand monétariste de l’après guerre ;  et surtout le  seul gouverneur de la Fed a avoir fait plier les banques de Wall Street.

5. On ne peut pas réellement parler de politique monétaire sans faire référence à Maurice Allais, certainement le seul économiste français à peu près sérieux à s’être attaqué à la problématique de la monnaie. Maurice Allais a eu le mérite de montrer qu’une politique monétaire de taux bas favorise « la terre », en fait la rente et la spéculation sur le long terme.

« Pour Maurice Allais, la clé d’une croissance sans cycle est la stabilité du rapport entre les encaisses désirées et les encaisses réelles. Il faut donc bannir tout ce qui vient troubler ce rapport : l’inflation, la création monétaire débridée et artificielle des banques, la spéculation, les changes flottants  » (wikipedia)

Il se définit donc dans la lignée des théories monétaristes et de la conception d’Irving Fisher ;  à ceci près, qu’il n’a jamais accepté, pour des raisons d’éthique, la dérégulation et l’internationalisme financier.

Nous conseillons vivement les Fondements de la dynamique  monétaire écrits en 2001 qui est considéré comme son testament économique.

maurice_allais-fondements-de-la-dynamique-monetaire

 

Autres lectures

Pour ceux qui veulent aller plus loin dans les détails sur le Quantitative Easing, et peut-être pour contredire  Ron Paul qui le qualifie de « flagrant  capitalisme de copinage ! »,  vous pouvez consulter les travaux de Koichi Hamada sur le site de Yale, car :

Le programme de la  BOJ (Bank of Japan) n’est ni plus ni moins qu’ « une extension de l’approche Tobin-Brainard Yale », comme l’a déclaré récemment Koichi Hamada lors d’une interview.

« Le travail de Tobin sur les marchés d’actifs avec son homologue de Yale, le professeur William Brainard,  « est essentiellement la colonne vertébrale de l’assouplissement quantitatif »
Edwin Truman , ancien responsable de la Fed, qui a enseigné à l’école à New Haven, Connecticut , de 1967 à 1972.

D’un point de vue technique l’idée principale est la suivante :

« Sous le QE3, la Fed achète 85 milliards de dollars d’obligations en un mois dans un effort pour maintenir les taux d’intérêt à long terme bas et encouragent les investisseurs à détenir davantage d’actifs plus risqués, comme les actions, dans leurs portefeuilles. »
Edwin Truman

A noter pour ceux  qui découvrent tout cela, la lettre d’Andrew Huszar publiée dans le  Financial Times au peuple américain qui s’excuse d’avoir participé au le plus grand renflouement du secteur financier de toute l’histoire des Etats-Unis.

Conclusion

Les conséquences  de ces programmes doivent être mesurées à court, moyen et long termes ; en admettant qu’à court terme, elles peuvent bien évidemment avoir des effets d’aubaines pour les banques. Les conséquences à moyen et long termes, quant à elles, sont bien souvent imprévisibles, voire catastrophiques.
L’avenir nous l’enseignera peut-être d’une manière impitoyable ; mais en toute objectivité, il est très peu probable qu’une telle quantité de création de monnaie soit sans conséquences. Et même si on peut espérer qu’un niveau respectable d’inflation puisse avoir un effet plutôt bénéfique en allégeant le poids de la dette, les conséquences d’un dérapage inflationniste pourrait sonner le glas de beaucoup d’économies qui vivent sur leurs acquis.

 

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