Choses Vues (1849- 1884 ) - HUGO Victor

PIERRES PRÉCIEUSES TOMBÉES DE LA TRIBUNE

25 avril.

M. Portalis parlait de M. Arago :

J’étais dans l’intimité la plus étroite de cette auréole brillante.


M. Duvergier de Hauranne (sur les deux Chambres). — Je veux une constitution qui oblige à réfléchir les votes.


M. Victor Hugo (sur la peine de mort). — Vous ou vos successeurs l’aboliront demain.


9 août 1848.

Flocon vient de faire rire la chambre en parlant d’un gérant responsable de journal qui balayait les lampes.


4 septembre 1848.

M. Léon Faucher. — Les ouvriers réclament l’abrègement…

L’Assemblée murmure. M. Faucher s’aperçoit qu’il parle français, il se reprend et fait un quasi-barbarisme :

— … l’abréviation des heures de travail. (L’Assemblée est satisfaite.)


7 septembre.

M. Gerdy. — L’égalité n’existe pas. Elle n’existe ni chez les animaux, ni chez les végétaux. (Rires immenses.)


M. Dufaure (réponse à Pierre Leroux). — Nous n’avons pas eu l’idée d’avoir la pensée de rien faire qui pût nous faire supposer l’intention d’avoir, du plus loin possible, la pensée de faire planer la souveraineté du fait dans les considérations qui militent en faveur de la souveraineté du droit. (Très bien, très bien !)


12 septembre.

M. Duvergier de Hauranne, répondant à M. Ledru-Rollin. — Jusqu’ici, dans tous les remèdes qu’on nous a proposés, il n’y a eu que des mots.

(Une moitié de l’Assemblée entend : des maux, l’autre rit du calembour.)


14 septembre.

M. Dufaure, répondant à M. Billaut. — Mes adversaires demandent des paroles qui n’auraient pas la portée qu’ils espèrent leur faire produire.

(L’Assemblée : Très bien ! très bien !)


23 septembre 1848.

Le ministre du Commerce M. Tourret. — Quoi ! l’on m’accuse de présenter un projet aristocrate ! (L’Assemblée : tique ! tique !)


28 septembre.

M. de Larochejaquelein. — Je comprends parfaitement le sentiment qui a dicté l’amendement qu’on discute en ce moment.


M. Boursy. — Je repousse sans hésitation la proposition de la commission qui répond aux principes de la révolution par une restriction où je ne vois qu’indécision.


Discussion du droit au travail.

M. de Lamartine avait dit : J’adore la propriété.

M. Duvergier de Hauranne a répondu : — On ne respecte toujours pas ce qu’on adore.


2 octobre.

M. de Montreuil (à propos de la loi agricole). — Je ne hais point le fourrage.


3 octobre.

M. Tourret, ministre de l’agriculture et du commerce, propose de nommer pour sa loi agricole une commission de quinze membres, dont la moitié seront représentants du peuple.

(Ce qui fera dans la commission sept représentants et demi.)


5 octobre.

M. de Parieu (question du président). — Sous la monarchie constitutionnelle, le roi avait un pied dans le pouvoir exécutif, un pied dans le pouvoir législatif, un pied dans le pouvoir judiciaire, un pied dans le pouvoir administratif.


9 octobre.

M. Deville (amendement contre les généraux et les princes.) — Vous croyez tenir le pouvoir. Vous ne le tenez pas. Rien dans notre temps n’est plus mobile que cet instrument.


M. le colonel de Lespinasse. — Prenez des employés à 10 000 francs ;

Prenez des employés à 5 000 francs ;

Prenez des employés à 2 000 francs ;

(Avec explosion) : Prenez les veuves à ces divers employés ! (On éclate de rire.)


10 octobre.

M. Goudchaux, ministre des finances (sur le Crédit foncier). — Je répondrai à mon honorable prédécesseur qui m’a suivi à cette tribune… (Immense rire.)

Le même. — J’irai plus loin—s— encore.

(La Chambre accoutumée rit un peu, puis dit : — Allez ! Parlez ! Le ministre continue.)


(Un orateur, sur le prince Louis.)

Dans ce pays-ci, quand il arrive un point lumineux quelconque, il y a des gens qui ont le nez si fin qu’ils font tous leurs efforts pour y arriver, au risque de ne pas le trouver et qu’ils s’y rattachent.


16 octobre.

M. Ducoux (sur le nouveau cabinet). — Si j’examine ce mariage ministériel, je trouve que le hasard a présidé à cet enfantement et produit cette conceptiondéfinitive. (Immense éclat de rire.)


20 octobre.

M. Marrast. — Je mettrai cette proposition (la proposition Lagrange) à l’ordre du jour après celles que l’Assemblée a déjà décidé devoir être les premières à l’ordre du jour.


30 octobre.

M. Portalis (sur les finances). — Un vaisseau de ligne coûte trois millions à l’État ; le commerce vous le fournirait pour un million tout aussi bien agréé. (Immense rire.)


Un représentant a dit l’autre jour :

— Inquiétez-vous de l’accroissement des populations. Consultez les statistiques. Rendez-vous compte de ce que les hommes et les femmes d’un pays comme la France peuvent faire d’enfants par an, l’un dans l’autre.


5 janvier 1849.

M. Froussard. — … Le général Bonaparte adressa alors aux invalides une chaleureuse allocation… (Éclat de rire.)

Ce M. Froussard est un maître de pension. On dit qu’il a été le précepteur des enfants de Casimir Périer. (Le Moniteur n’a point enregistré ce détail de la séance. Au reste la fidélité du Moniteur est très infidèle.)


Quelques jours auparavant, après le vote du sel, M. … a fait « pour combler le gouffre du déficit » une proposition qui commençait ainsi :

Nouvelle taxe sur de certains produits étrangers, savoir :

Premièrement : Les sucres indigènes

(Le reste de la proposition s’est perdu dans un éclat de rire.)


12 avril 1849.

M. Goudchaux (sur les finances en mars 1848). — Une catastrophe était indispensable.

Quand M. Goudchaux monte à la tribune, il commence par saluer. Aussi, quand on le voit arriver, on lui crie : Saluez le monde !

Il n’entend pas et il salue.


31 mars 1849.

M. Ledru-Rollin. (Affaires d’Italie.) — Le général Pepe vient d’acculer six mille autrichiens sur le Pô. (Vaste rire.)


2 mai 1849.

Lagrange (sur les transportés). — Les vrais républicains éprouvent le besoin de mourir sur les ruines de la République avant que la République soit attaquée.


12 juin 1849.

M. Thiers (sur l’expédition de Rome). — C’est une entreprise qui devait se faire jour le canon à la main. (Bravo !)




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